De l’évolution du vieillissement des populations

LE VIEILLISSEMENT APRÈS 60 ANS - LES ÉCHÉANCES DE LA RETRAITE

Réunion commune Académie des sciences / Académie nationale de médecine
Organisée par Jean-François Bach, Étienne-Émile Baulieu, Jacques-Louis Binet et Maurice Tubiana
Mardi 4 décembre 2007 à l’Institut de France

PRÉSENTATION DE L’INTERVENTION DE ROBERT ROCHEFORT (CREDOC)
ASPECTS SOCIO-ECONOMIQUES

De quoi parle-t-on ?
Du phénomène majeur des décennies à venir et cela, dans tous les pays occidentaux. Mais il convient déjà de discuter le terme de « vieillissement ». Il est impropre - et même porteur de contresens - s’il indique l’augmentation du nombre de ” vieux ” dans les sociétés. En effet et c’est le plus important des résultats actuels, on assiste à la fois au recul du seuil d’entrée dans la vieillesse et à l’allongement de la vie.

Quelles portions de vieux ?
Aujourd’hui être vieux commence en moyenne à 76-77 ans. Ce seuil recul à peu près à la même vitesse que l’espérance de vie. S’il atteint 82 ans en 2040, la proportion de ” vieux ” restera stabilisée.

Mais qu’est-ce qu’être vieux ?
La résultante de trois dimensions médico-socio psychologiques
- L’état sanitaire de la personne et le niveau de son incapacité ou de sa dépendance éventuelle.
- Sa sociabilité ou au contraire son isolement et sa solitude.
- Sa capacité à se projeter dans l’avenir, à continuer à avoir envie de faire ” des choses “.

Sur les trois aspects, des actions sont possibles ayant pour conséquences de retarder le vieillissement.

Le système de production doit s’adapter :
Evidemment, il faudra travailler plus longtemps. À terme c’est le seuil de la retraite à 70 ans qu’il faut viser. C’est à la fois une question d’équité pour payer les retraites et de culture dans une société où 4 à 5 générations vivront simultanément.
C’est une révolution car il faudra changer la conception même du travail, réintroduire la notion de l’âge du salarié dans son parcours professionnel, prévoir des plans de formation dès 45 ans pour une deuxième carrière.

De nouveaux compromis sociaux doivent pouvoir être trouvés :
Les gains d’espérance de vie après 60 ans (entre 2 et 3 mois par an) doivent pouvoir être partagés entre travail et retraite de telle sorte que travailler plus longtemps n’implique pas de raccourcir le temps de la retraite. On doit inventer pour la période 60-70 ans des solutions permettant de concilier vie professionnelle à temps partiel et implication associative bénévole à temps partiel donnant lieu à reconnaissance de droit à points de retraite. Plus largement, c’est à un ” nouveau pacte social lié au
vieillissement ” qu’il faut s’atteler.

Dans la consommation aussi, il y aura de nombreux changements :
Le logement sera le principal secteur impacté par le vieillissement avec entre autres le développement des doubles résidences.
Les services à la personne se développeront spectaculairement.
Le vieillissement ne contrecarrera pas, mais accompagnera la tendance à l’individualisation dans la société. C’est le ” souci de soi ” qui primera dans beaucoup de ces nouveaux services.
Les marchés permettant le recul du vieillissement se développeront progressivement, mais à terme très fortement.

De nouveaux problèmes sociaux en perspective
On assistera à la fois à un enrichissement croissant de certains grands seniors notamment par la ” sur-épargne ” et au retour de la pauvreté chez d’autres retraités. L’allongement de la durée de la vie amplifiera les écarts de trajectoires surtout dans une société de fragmentation sociale.
Il conviendra de redéfinir les critères et les champs de la redistribution sociale. Par exemple avec des prélèvements ” horizontaux ” destinés à assurer de la redistribution à l’intention même du segment des plus de 60 ans.

La santé, préoccupation quasi obsessionnelle
Vers une infirmation des études qui minimisent l’impact du vieillissement sur les dépenses de santé.
Nous n’irons pas vers ” la fin des maladies ” mais vers le ralentissement de leur évolution.
La santé envahira tous les champs de la vie ordinaire : alimentation, habillement, déplacements domestiques ….

Conclusion n° 1 : Une diversité des situations

Attention à ne pas voir une image réductrice. Le profil de l’homme ou de la femme de 70, 75 ou 80 ans sera extraordinairement diversifié pour des raisons de santé, de revenu mais aussi de forme de vie. Les maternités tardives (et plus encore les paternités) les familles recomposées cassent le ” profil type “.

Conclusion n° 2 : L’urgence d’une coordination politique

La préparation du ” papy boom ” devrait être l’objet d’un politique simple et coordonnée de façon interministérielle tant elle concerne tous les aspects de la vie collective, habitat, transports, tourisme, travail, … et bien sûr santé et politiques familiales et sociales. Or ce n’est pas le cas, spécialement en France.


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